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Le poГ«me de Myrza - Hamlet

Жорж Санд

George Sand

Le poГ«me de Myrza - Hamlet

LE POГ‹ME DE MYRZA

Durant les quatre ou cinq siГЁcles au milieu desquels est jetГ© le grand Г©vГ©nement de la vie du Christ, l'intelligence humaine fut en proie aux douleurs et aux dГ©chirements de l'enfantement. Les hommes supГ©rieurs de la civilisation, sentant la nГ©cessitГ© d'un renouvellement total dans les idГ©es et dans la conduite des nations, furent Г©clairГ©s de ces lueurs divines dont JГ©sus fut le centre et le foyer. Les sectes se formГЁrent autour de sa courte et sublime apparition, comme des rayons plus ou moins chauds de son astre. Il y eut des caraГЇtes, des saducГ©ens et des essГ©niens, des manichГ©ens et des gnostiques, des Г©picuriens, des stoГЇciens et des cyniques, des philosophes et des prophГЁtes, des devins et des astrologues, des solitaires et des martyrs: les uns partant du spiritualisme de JГ©sus, comme OrigГЁne et ManГЁs; les autres essayant d'y aller, sur les pas de Platon et de Pythagore; tous escortant l'Г‰vangile, soit devant, soit derriГЁre, et travaillant par leur dГ©vouement ou leur rГ©sistance Г  consolider son triomphe.

Dans cette confusion de croyances, dans ce conflit de rГЄves, de travaux fiГ©vreux de la pensГ©e, de divinations maladives et de vertiges sublimes, une nouvelle forme fut donnГ©e Г  certains esprits, une forme agrГ©able, Г©lastique, qui seule convenait aux esprits Г©clairГ©s et aux caractГЁres faciles: cette disposition de l'esprit humain qui domine dans tous les temps de dГ©pravation, et chez toutes les nations trГЁs-civilisГ©es, nous l'appellerons, pour nous servir d'une expression moderne, Г©clectisme, quoique cette dГ©nomination n'ait pas eu dans tout temps le mГЄme sens; nous nous en tenons Г  celui qu'elle implique aujourd'hui, pour qualifier la situation morale des hommes qui n'appartenaient Г  aucune religion au temps dont il est question ici.

Parmi ces Г©clectiques, on vit des hommes d'un caractГЁre et d'un esprit tout opposГ©s, des hommes graves et des hommes frivoles, des savants et des femmes; car cette doctrine, qui consistait dans l'absence de toute rГЁgle, accueillit toute sorte de pГ©dantisme et toute sorte de poГ©sie. Les rhГ©teurs s'y remplissaient l'estomac d'arguments, et les poГ«tes s'y gonflaient le cerveau de mГ©taphores. L'Inde et la ChaldГ©e, HomГЁre et MoГЇse, tout Г©tait bon Г  ces esprits avides et curieux de nouveautГ©s, indiffГ©rents en face des solutions: heureux caractГЁres qui, Dieu merci, fleurirent toujours ici-bas au milieu de nos lourdes polГ©miques. Grands diseurs de sentences, sincГЁres admirateurs de la vertu et de la foi, le tout par amour du beau et par estime de la sagesse, vrais Г©picuriens dans la pratique de la vie, prophГЁtes Г©lГ©gants et joyeux, bardes demi-bibliques et demi-paГЇens, intelligences saisissantes, fines, Г©clairГ©es, pleines de crГ©dulitГ©s poГ©tiques et de scepticisme modeste; en un mot, ce que sont aujourd'hui nos vГ©ritables artistes.

Le petit poГ«me qu'on va lire fut rГ©citГ©, en vers hГ©braГЇques, sous un portique de CГ©sarГ©e, par une femme nommГ©e Myrza, laquelle Г©tait une des prophГ©tesses de ce temps-lГ , espГЁce mixte entre la bohГ©mienne et la sibylle, poГ«te en jupons comme il en existe encore, mais d'un caractГЁre hardi et tranchГ© qui s'est perdu dans le monde, aventuriГЁre sans patrie, sans famille et sans dieux, grande liseuse de romans et de psaumes, initiГ©e successivement par ses amants et ses confesseurs aux diverses religions qui s'arrachaient lambeau par lambeau l'empire de l'esprit humain. Cette femme Г©tait belle, quoique n'appartenant plus Г  la premiГЁre jeunesse; elle jouait habilement le luth et la cithare, et, changeant de rhythme, de croyance et de langage selon les pays qu'elle parcourait, elle traversait les querelles philosophiques et religieuses de son siГЁcle, semant partout quelques fleurs de poГ©sie, et laissant sur ses traces un Г©trange et vague parfum d'amour, de saintetГ© et de folie; bonne personne du reste, que les princes faisaient asseoir par curiositГ© Г  leur table, e