Назад к книге «Histoire de ma Vie, Livre 1 (Vol. 1 – 4)» [Жорж Санд]

Histoire de ma Vie, Livre 1 (Vol. 1 - 4)

Жорж Санд

George Sand

Histoire de ma Vie, Livre 1 (Vol. 1 - 4)

TOME PREMIER

PREMIГ€RE PARTIE.[1 - Cette premiГЁre partie de l'ouvrage a Г©tГ© Г©crite en 1847.]

* * *

CHAPITRE PREMIER

Pourquoi ce livre? — C'est un devoir de faire profiter les autres de sa propre expérience. —Lettres d'un Voyageur.— Confessions de J. — J. Rousseau. — Mon nom et mon âge. — Reproches à mes biographes. — Antoine Delaborde, maître Paulmier et maître Oiselier. — Affinités mystérieuses. — Eloge des oiseaux. — Histoire d'Agathe et de Jonquille. — L'oiselier de Venise.

Je ne pense pas qu'il y avait de l'orgueil et de l'impertinence Г  Г©crire l'histoire de sa propre vie, encore moins Г  choisir, dans les souvenirs que cette vie a laissГ©s en nous, ceux qui nous paraissent valoir la peine d'ГЄtre conservГ©s. Pour ma part, je crois accomplir un devoir, assez pГ©nible mГЄme, car je ne connais rien de plus malaisГ© que de se dГ©finir et de se rГ©sumer en personne.

L'Г©tude du cЕ“ur humain est de telle nature, que plus on s'y absorbe, moins on y voit clair; et pour certains esprits actifs, se connaГ®tre est une Г©tude fastidieuse et toujours incomplГЁte. Pourtant je l'accomplirai, ce devoir; je l'ai toujours eu devant les yeux; je me suis toujours promis de ne pas mourir sans avoir fait ce que j'ai toujours conseillГ© aux autres de faire pour eux-mГЄmes: une Г©tude sincГЁre de ma propre nature et un examen attentif de ma propre existence.

Une insurmontable paresse (c'est la maladie des esprits trop occupГ©s et celle de la jeunesse par consГ©quent) m'a fait diffГ©rer jusqu'Г  ce jour d'accomplir cette tГўche; et, coupable peut-ГЄtre envers moi-mГЄme, j'ai laissГ© publier sur mon compte un assez grand nombre de biographies pleines d'erreurs, dans la louange comme dans le blГўme. Il n'est pas jusqu'Г  mon nom qui ne soit une fable dans certaines de ces biographies, publiГ©es d'abord Г  l'Г©tranger et reproduites en France avec des modifications de fantaisie. QuestionnГ©e par les auteurs de ces rГ©cits, appelГ©e Г  donner les renseignements qu'il me plairait de fournir, j'ai poussГ© l'apathie jusqu'Г  refuser Г  des personnes bienveillantes le plus simple indice. J'Г©prouvais, je l'avoue, un dГ©goГ»t mortel Г  occuper le public de ma personnalitГ©, qui n'a rien de saillant, lorsque je me sentais le cЕ“ur et la tГЄte remplis de personnalitГ©s plus fortes, plus logiques, plus complГЁtes, plus idГ©ales, de types supГ©rieurs Г  moi-mГЄme, de personnages de romans en un mot. Je sentais qu'il ne faut parler de soi au public qu'une fois en sa vie, trГЁs sГ©rieusement, et n'y plus revenir.

Quand on s'habitue Г  parler de soi, on en vient facilement Г  se vanter, et cela, trГЁs involontairement, sans doute, par une loi naturelle de l'esprit humain, qui ne peut s'empГЄcher d'embellir et d'Г©lever l'objet de sa contemplation. Il y a mГЄme de ces vanteries naГЇves dont on ne doit pas s'effrayer lorsqu'elles sont revГЄtues des formes du lyrisme, comme celles des poГЁtes, qui ont, sur ce point, un privilГ©ge spГ©cial et consacrГ©. Mais l'enthousiasme de soi-mГЄme qui inspire ces audacieux Г©lans vers le ciel n'est pas le milieu oГ№ l'ame puisse se poser pour parler longtemps d'elle-mГЄme aux hommes. Dans cette excitation, le sentiment de ses propres faiblesses lui Г©chappe. Elle s'identifie avec la DivinitГ©, avec l'idГ©al qu'elle embrasse: s'il se trouve en elle quelque retour vers le regret et le repentir, elle l'exagГЁre jusqu'Г  la poГ©sie du dГ©sespoir et du remords; elle devient Werther, ou Manfred, ou Faust, ou Hamlet, types sublimes au point de vue de l'art, mais qui, sans le secours de l'intelligence philosophique, sont devenus parfois de funestes exemples ou des modГЁles hors de portГ©e.

Que ces grandes peintures de plus puissantes Г©motions de l'ame des poГЁtes restent pourtant Г  jamais vГ©nГ©rГ©es! et disons bien vite qu'on doit pardonner aux grands artistes de s'ГЄtre drapГ©s ainsi des nuages d